Sans eux

18 septembre 2010 § Poster un commentaire

Tous les « e » ne sont pas dans le même panier. Certains se
posent là, se lissent la syllabe, contents d’oeuvrer à une métrique
irréprochable, des « e » soucieux de l’apparence, classiques sur eux,
quand d’autres font fi de toute ambition personnelle, prônent le
vif de la parole, sautent en chemin pour lui faciliter la marche,
toujours prêts à se sacrifier pour une « comment tu causes »
qui les dépasse, en bons « e » rebelles et disciplinés.

Le « e » muet est un sujet à propos duquel j’ai du mal à
me prononcer. Visons la cohérence, ne nous soucions que
de parler vrai, de sonner juste, sans roublardise ni artifice.
Car ce n’est qu’à l’écrit que l’élision fait problème. À haute
voix ou dans le chant, tout prend naturellement sa place.

Ayant fait le choix sur le reste du site d’écrire les mots sans
accrocs, il m’a paru opportun – même s’il ne s’agit que d’une
minorité des chansons et pour nombre d’entre elles que de peu
d’apostrophes – d’en offrir ici une lecture au plus près de la langue.

La patience

15 septembre 2010 § Poster un commentaire

J’ veux bien croire qu’il est inutile
De toujours ressasser le passé
Mais y ‘a des histoir’s à la gomme, comment les effacer ?

Combien de nuits encor’ faudra-t-il
Avant qu’ se disperse à la fin
Ce par trop entêtant parfum

Laisse le matin
Embaumer le jardin
De la peine à l’oubli, la patience

Il y a cette idée qu’à l’aventure
On devrait se lancer plus souvent
Moi, c’est perdu qu’ je me retrouve, quand je vais de l’avant

Sûr que la route est déjà moins dure
Si je peux goûter le repos
D’un léger frisson sur ma peau

Laisse le chemin
Te montrer le demain
De la crainte à l’envie, la patience

Oh, sans doute, il n’est jamais trop tard
On peut toujours quand on veut vraiment
Mais, tu sais, la persévérance, ça va bien un moment

Tout ce temps qu’il faut sur la guitare
Pour juste un refrain, trois couplets
Reste à savoir si ça te plaît

Laisse les saisons
Caresser la moisson
De la graine à l’épi, la patience

Laisse les chansons
Déborder l’horizon
Du passant à l’ami, la patience

et pour lire ce texte sans élisions

Seconde mi-temps

14 septembre 2010 § Poster un commentaire

J’ai quitté mon short pour un pantalon
Ca fait déjà pas mal d’années
Métro, boulot, dodo, kiné
La partie, c’est selon
Y’a des jours, c’est trop long
J’ai plus grand espoir de gagner

Au plein cœur de l’action, on m’a pas vu souvent
Je chantonnais, le nez au vent
Sans souci du temps écoulé
Ballon envolé !
Dès qu’ je me dis « Faudrait s’ mettre à jouer pour de bon »
Y’a cett’ petit’ voix qui répond
« Un jour ou l’autr’, ça va siffler »

Foutues règles du jeu arrangées par chacun
Rêves de gloire, appât du gain
Si au moins les coups étaient francs
Mais serrons les rangs !
On est combien, à trottiner comm’ ça sans but
Pas plus avancé qu’au début
La vie d’un homm’, modèle courant

Avec tous ces coups de pied qui s’ perd’nt, comment veux-tu ?
J’aurais pourtant bien aimé
Vous fair’ regagner du terrain, causes perdues
Mais…

J’ai quitté mon short pour un pantalon
Ca fait déjà pas mal d’années
Métro, boulot, dodo, kiné
La partie, c’est selon
Y’a des jours, c’est trop long
Rapp’lez-moi c’ qu’y a à gagner
Cinquant’ balais et des poussières
C’est à pein’ si des fois j’ touche encor’ le ballon
C’est souvent qu’ je pense au vestiaire

et pour lire ce texte sans élisions

Un secret de Polichinelle

13 septembre 2010 § Poster un commentaire

C’est un secret de Polichinelle
Que maman voudrait garder pour elle
Mais qu’on voit sous son Tshirt
Et faudra bien qu’il sorte

C’est un’ drôl’ de maman que j’ai là
On dirait qu’ell’ se parle tout bas
Elle arrêt’ ses yeux souvent
Les deux mains devant

Avec papa, ils ont souligné
Des jours loin sur le calendrier
J’aurai après les travaux
Un grand lit nouveau (bis)

Refrain

Rien que papa et moi, les garçons
On est déjà deux à la maison
Sûr qu’à trois, c’est encor’ mieux
Les rir’s et les jeux

Mais on va laisser maman choisir
Car peut-êtr’ ça lui ferait plaisir
D’avoir pareil dans l’équipe
Un’ grande, un’ petite (bis)

Refrain

Qu’il est long, ce ballon, à gonfler
Comment le fair’ bondir et rouler
Qu’il tienne enfin dans nos bras
Se mett’ dans de beaux draps (bis)

Refrain

Alors, quelqu’une ou quelqu’un
Sacrée chipie ou fichu coquin
Colombine ou Arlequin

et pour lire ce texte sans élisions

Dans le journal

12 septembre 2010 § Poster un commentaire

Près de Gudicanal
Hier deux gamines
Qui jouaient à la marelle
Ont gagné le ciel
D’un seul coup sur un’ mine

Je l’ai lu dans l’ journal
Que j’ me suis glissé
Sous la ch’mise à mêm’ la peau
Sûr qu’ ça tient plus chaud
Que leur papier glacé

Hé!
Si le temps lui est bien couvert
Moi j’ connais un pull-over
Qui file un mauvais coton

Hé!
Plus personn’ n’écout’ mon histoire
Et je traîn’ sur les trottoirs
Et je dors dans des cartons

Ca fait un sacré bail
Que j’ai plus d’adresse
Que je porte au long des rues
Comme un disparu
Ma valis’ de détresse

T’en qu’à êtr’ sur la paille
Je rêv’ de nature
Y’a bien pour me mettre au vert
Un coin d’hémisphère
Où la vie s’rait moins dure

Hé!
Suffirait d’un billet en poche
Cap sur la rad’… le plus proche
Vent dans les voil’s et partons !

Hé!
J’ai l’ couteau et les allumettes
Mais des plans sur la comète
J’ai pas ça dans mes cartons

Hé!
Les trésors que la vie nous offre
Y’en a si peu dans son coffre
Qu’ell’ les reprend au final ?

Hé!
Pas la press’ mais je sais très bien
Qu’au matin d’un’ nuit de chien
On me trouv’ra dans le journal

Mais j’ repense aux gamin’s de Gudicanal

et pour lire ce texte sans élisions

Deux mille kilomètres à tout casser

11 septembre 2010 § Poster un commentaire

Kosovo, Kosovar
Il faut bien qu’on vienne au monde quelque part
Un pays pas trop passant, c’est pas si mal
Tu trouv’s la vie par ici plus normale ?

Kosovar, Kosovo
Ca relèv’ du patchwork et de l’écheveau
Tant les langu’s, les origin’s, les religions
Sont un peu mélangées dans la région

L’exil, c’est un premier pas et un dernier regard
Un’ fois perdu le pays, on a gagné la France
Pour tout’s ces chos’s à jamais restées en souffrance
Ami, prête-moi ta plume et ta guitare

Kosovo, Kosovar
Quand les voix ne chant’nt pas tout’s la même histoire
Faut choisir entre la fugue et le canon
Mais c’est la mort partout qui crie son nom

Kosovar, Kosovo
La peur blanche et le sang noir des caniveaux
Les soldats, avec l’auto et tout dedans
Se doutaient-ils qu’ils me prenaient autant ?

L’exil, c’est un premier pas et un dernier regard
Un’ fois perdu le pays, on a gagné la France
Pour tout’s ces chos’s à jamais restées en souffrance
Ami, prête-moi ta plume et ta guitare

Deux mille kilomètr’s à vol d’oiseau
Et mes goss’s, à leur nouvelle école
Min’ de rien, un coup de gomme, une goutte de colle
Doucement au fil des jours raccommodent les morceaux

Kosovar, Kosovo
À l’écran, c’est de bonn’ guerre, faut du nouveau
Le Rwanda, la Tchétchénie, l’Afghanistan
On n’écout’ plus quand ça fait trop longtemps

Kosovo, Kosovar
J’ai du mal à pas les voir sur les trottoirs
Tous ces gens, sur leur carton, en chien d’ fusil
Le ventre creux, à trois pâtés d’ici !

L’exil, c’est un premier pas et un dernier regard
Un’ fois perdu le pays, on a gagné la France
Pour tout’s ces chos’s à jamais restées en souffrance
Ami, prête-moi ta plume et ta guitare

Deux mille kilomètr’s à tout casser
J’ai sauvé quelques photographies
Je sais pas ce que demain sera ma vie
Mais c’est déjà rebâtir que de chanter en français
Là-bas, tu sais, j’avais du succès

et pour lire ce texte sans élisions

Trompeur

10 septembre 2010 § Poster un commentaire

Le p’tit coup qu’on s’ prend comm’ ça en douce
Une passion forte bue d’un trait
Ou l’histoire ancienn’ qui remet l’eau à la bouche
– Les remords feraient-ils moins souffrir que les regrets –

Sans parler de ces vies parallèles
Mensonge, hôtel et tout l’ numéro
– Deux cord’s à son arc et l’Amour qui bat de l’aile –
Un’ lettre cachée sous un tiroir du bureau

Car quoi de plus trompeur
Que l’infidélité
On croit mener sa vie
On ne fait, j’ai bien peur
Que céder
À l’envie

L’envie d’un grain de peau qui ne soit plus le même
Quelqu’un qui je ne sais s’il m’aime
Mais me le dise
Refair’ des photos, des bêtises
L’envie d’un grain de sel quand les jours sont bien fades
Des draps… on peut croir’ qu’on s’évade
Repris d’ justesse
Par trop de complicité et tant de tendresse

Le moteur dans l’allée qui s’éloigne
Les baisers salés et les mots doux
Peut-être la peur de te perdre qui me gagne
Mais fermant les yeux ce soir je me souviens de tout

L’orage à deux sous la gabardine
Le bruit de ta clé tard dans la nuit
La maison de Groix, les noëls de Clémentine
Des moments si bons qu’ils valaient bien un peu d’ennui

A-t-on tant cherché à s’aimer de façon nouvelle
Fenêtre ouverte et sans jalousie
Pour qu’au premier accroc, ces bell’s idées se révèlent
N’être au fond qu’un tissu d’idioties
Sacré fichu gâchis

 Car quoi de plus trompeur
Que l’infidélité
On croit mener sa vie
On ne fait, j’ai bien peur
Que céder
À l’envie

L’envie d’un coup de vent à faire table rase
Les vieux gestes et les vieilles phrases
C’est la routine
Qui met la vie comme en sourdine
L’envie d’un coup de dents sur ce corps enfin mûr
Tout est plus fort dès qu’on murmure
Et les saisons
Me feront bien assez tôt entendre raison

et pour lire ce texte sans élisions

La caisse et la postérité

9 septembre 2010 § Poster un commentaire

Van Gogh ne gagnait pas sa croûte
Rimbaud a vécu d’expédients
Molière a longtemps fait la route
Parker est mort comme un mendiant
Alors pour c’ qui est du plan d’ carrièr’, si j’ pouvais décider
J’aim’rais mieux passer à la caiss’ qu’à la postérité

Les chansons, déjà trois douzaines
Plus que de dat’s dans l’agenda
Le trac chaqu’ fois que j’ rentre en scène
Et l’ compt’-chèque en piteux état
Ma femm’ me prend pour un’ ganach’, mon goss’ pour un raté
J’aim’rais mieux passer à la caiss’ qu’à la postérité

C’est pas qu’ je sois envieux d’ nature
J’ai jamais guigné le gros coup
Mais la vache enragée qui dure
J’ai peur qu’à forc’ ça gâch’ le goût
Aussi
Bien qu’ j’ préfère à tous les palaces
Ma suit’ dans les idées
J’ crach’rais pas sur un’ petit’ place
Dans les meilleur’s vent’s de l’été

J’ fais ni la manch’, ni les manchettes
Inutil’ d’app’ler les agents
J’ laiss’ mon empreint’ sur des cassettes
Où j’enterre aussi mon argent
Les maisons d’ disques réfléchiss’nt, à défaut ‘d’ m’éditer
J’aim’rais mieux passer à la caiss’ qu’à la postérité

Hé coco ! en chanson française
Tu cours dans quell’ catégorie
Les Poèt’s-le-pied-sur-un’-chaise
Ou les Musico-dernier-cri
Faci(l’)
La mise en boît’, les étiquettes
Simili nouveauté !
Les p’tits Big Brothers qui nous guettent
Font mêm’ pas dans la variété

Chanteur français entre deux âges
Recherch’ public en sympathie
Qui soit pas trop branché message
Mais pas trop quand même abruti
Et qui fasse à ses chansonnett’s un succès mérité
Je compte sur vous pour passer à la caiss’, j’ m’occup’ de la postérité (bis)

et pour lire ce texte sans élisions

La danse de fin d’année

8 septembre 2010 § Poster un commentaire

C’était une idée de notre institutriste
Une fille, un garçon, et tout le monde en piste
La répétition pour la danse de fin d’année
Se passait pour nous deux dans les cabinets

C’était moins de l’art que de la gymnastique
« S’il vous plait, les enfants, on reprend, on s‘applique ! »
Moi qui, disons, n’avais rien de l’élève parfait
Pour le coup, motivé, j’étais pas mauvais

C’était une idée qui nous trottait, tu penses !
Une fille, un garçon et « entrez dans la danse… voyez comme on danse… »
Et pendant que les copains se mélangeaient les pas
Elle et moi, bon dieu, je te dis pas…

Elle sentait la savonnette
Ca devait être un lundi
Et si je n’ai vu le paradis
Que par le p’tit bout de la lorgnette
Hum ! C’était déjà
C’était déjà ça de pris
Y’a des souvenirs, comm’ ça
Qui n’ont pas de prix !

C’était une idée de notre institutriste
Qu’un garçon cavalier avait dû laissée là sur la piste

et pour lire ce texte sans élisions

Les yeux dans les cieux

7 septembre 2010 § Poster un commentaire

J’ai si souvent marché les yeux baissés
M’en voulant de ne pas mieux avancer
Ne ratant rien de ce que je pouvais laisser tomber
Recherchant sur mes pas là où j’avais dû me tromper

Il ne faudrait pas vivre tous les jours
Mais quand on en a la force ou l’amour
« S’échiner, s’écraser, en avoir vraiment plein le dos »
Nous savons tous combien des fois la vie est un fardeau

Hé ! le nez en l’air, nom de dieu !
Me planter les yeux dans les cieux
Profiter largement du paysage
Offrir au vent qui passe mon visage…

Rappelez-vous ce moine tibétain
À presque deux pieds du sol dans Tintin
« L’esprit sur la matière » ou, dit sans trop de gravité
L’attachement aux chos’s, il y a moyen de l’éviter

Et, si l’on voit la vie comme un chemin
À quoi bon tout ce bagage à la main
Qui finirait par nous faire croire qu’on est arrivé
Que tout est tell’ment terre à terre, y’a plus rien à rêver

Hé ! le nez en l’air, nom de dieu !
Me planter les yeux dans les cieux
Et qui sait si l’araignée sur sa toile
Ne couve pas du regard les étoiles…

« Les merveilleux nuages » de Baud’laire
L’ami Souchon qui nous crie : « Saute en l’air ! »
Ce goût du ciel partout, dans la peinture, au cinéma
Comme une envie de vivre un autrement plus grand format

Hé ! le nez en l’air, nom de dieu !
Me planter les yeux dans les cieux
Et tous les arbres qui sont sur la terre
Et n’aspirent qu’à leur bouffée d’éther..

J’ai si longtemps marché les yeux baissés…

et pour lire ce texte sans élisions

Où suis-je ?

Catégorie Z’oraux sur Pascal Aussi.