Caillou

17 janvier 2011 § Poster un commentaire

Celui qu’on traîne dans sa poche
Et qu’on met tout son cœur à serrer dans sa main
Celui qu’on lance et qui ricoche

Petit caillou à l’âme simple
Petit caillou de rien du tout

Celui qu’on a dans sa chaussure
Ceux du Petit Poucet balisant le chemin
Ceux pour la fronde et la blessure

Caillou, caillasse…

Ainsi à la surface de la terre
Partout répandu, hors du commun
Tu es à la fois – et les plus beaux sont solitaires –
Un bijou pour le grand, un jeu pour le gamin

Petit caillou du fond des âges
Que je mets tant de cœur à serrer dans ma main
Moi qui ne suis que de passage

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Douleur pastel

15 janvier 2011 § Poster un commentaire

De quel haut lignage d’Asie
Pour avoir le visage ainsi
Es-tu le dernier descendant ?

Est-ce Attila de son cheval
Qui t’a piétiné l’encéphale
Que rien ne veut pousser dedans ?

À te regarder qui dessine
Sur la table de la cuisine
Je me dis : « Au fond, pas si mal

Ton bonhomme : le nez, la bouche
Les yeux, les mains, les oreilles
Tout le monde et personne pareil…
Chacun sa touche »

Période bleu, façon pastel
Ogino qui tient la chandelle
Un enfant nous est annoncé

Et c’est tout un nouvel émoi
Que d’admirer de mois en mois
Ton ébauche un peu plus poussée

Dans le ventre de ta maman
Dame Nature a méchamment
Dû se mélanger les pinceaux

Pour qu’un aussi beau ciel d’azur
Se prenne autant d’éclaboussures
Au jour de la perte des eaux

Pourquoi faut-il qu’un simple gène
Devienne une aussi lourde chaîne
Entravant le moindre des pas ?

À quel nombre de chromosomes
Véritablement je suis homme ?
À quel nombre tu ne l’es pas ?

Je te regarde qui dessine
Sur la table de la cuisine
Ca ne fait au fond pas si mal

Au grand tableau qui grouille et bouge
Milliards d’yeux de tous pays
Ton regard de Bouddha ébahi…
Chacun sa touche

Troublant express

12 janvier 2011 § Poster un commentaire

On roulait, ça faisait un moment
Mon voisin ronflottait en dormant
Par la vitre, on voyait des maisons
Genre « Abricotier » « Sam Suffy »
C’était la fin de la saison
Elle a ouvert la porte du compartiment
Et est entrée dans ma vie…

Elle avait un grand sac à la main
Un habit rose et blanc peu commun
Et cet air de croiser loin de tout
Que j’avais rencontré déjà
Chez des marins de n’importe où
Elle a posé sur moi son parfum de jasmin
Et deux grands yeux verts de chat…

Un regard : c’est le monde à l’envers
On croit la voie toute tracée
Un coup d’aiguille : on est bien avancé
C’est sa vie qui serait à refaire
Tu bats… tu bats… en retraite, animal
Couloir… couloir… le verrou fermait mal
J’ai passé de l’eau sur mon cou
Respiré un grand coup

Elle brosse avec soin ses cheveux
Puis me tend son journal, si je veux
Un grand type au buffet l’attendra
Elle marchera droit vers lui
Et se jettera dans ses bras
J’ai regardé si leur taxi tournait au feu
Et m’en suis allé sous la pluie

Seconde mi-temps

29 décembre 2010 § Poster un commentaire

J’ai quitté mon short pour un pantalon
Ca fait déjà pas mal d’années
Métro, boulot, dodo, kiné
La partie, c’est selon
Y’a des jours, c’est trop long
J’ai plus grand espoir de gagner

Au plein cœur de l’action, on m’a pas vu souvent
Je chantonnais, le nez au vent
Sans souci du temps écoulé
Ballon envolé !
Dès que je me dis « Faudrait se mettre à jouer pour de bon »
Y’a cette petite voix qui répond
« Un jour ou l’autre, ça va siffler »

Foutues règles du jeu arrangées par chacun
Rêves de gloire, appât du gain
Si au moins les coups étaient francs
Mais serrons les rangs !
On est combien, à trottiner comme ça sans but
Pas plus avancé qu’au début
La vie d’un homme, modèle courant

Avec tous ces coups de pied qui se perdent, comment veux-tu ?
J’aurais pourtant bien aimé
Vous faire regagner du terrain, causes perdues
Mais…

J’ai quitté mon short pour un pantalon
Ca fait déjà pas mal d’années
Métro, boulot, dodo, kiné
La partie, c’est selon
Y’a des jours, c’est trop long
Rappelez-moi ce qu’y a à gagner
Cinquante balais et des poussières
C’est à peine si des fois je touche encore le ballon
C’est souvent que je pense au vestiaire

et pour lire ces paroles comme à l’oral

Chanson pour plus tard

19 décembre 2010 § Poster un commentaire

 Six ans et demi, bientôt sept
Des grandes glissades en chaussettes
Éva, où t’as mis tes chaussons ?
Ppp ! Quelque part dans la maison

Des filles m’ont fait tourner la tête
Toi, c’est carrément le vertige
Bien sûr, je t’ai vu grandir, grande tige
Mais quand même, du 36 fillette !

Je vais dormir chez Loeiza
Tu ne vas pas sortir comme çà !
Papa, tu peux me déposer
Mmm ! Je te fais un petit baiser

Des filles m’ont fait tourner le cœur
Toi, c’est carrément la voltige
Bien sûr, je t’ai vu grandir, grande tige
Mais y’a un âge où ça fait peur

Six mois et demi, bientôt sept
Encore arraché ta chaussette
J’ai quelques années devant moi
Oh ! Qui passeront vite je crois

Fantasmagorie d’un moment
On ne dira rien à ta maman
Cette chanson dans ma guitare
Chut ! C’est un secret pour plus tard

et pour lire ces paroles comme à l’oral

Kerlou

24 novembre 2010 § Poster un commentaire

Un chant de rousserolle à l’aube frémissante
J’ai laissé la voiture à la mare-aux-tortues
Tu disais : « Des matins, c’est tout le bois qui chante
La grasse matinée, c’est un jour de perdu »

Nos virées jusqu’au soir… la dune… les épis
Nos pages de silence à l’ombre des bateaux
Un baiser d’écolier vingt fois qu’on recopie
Et ta crème à bronzer « tu m’en mets dans le dos »

Mes oreilles sur la photo

Tous ces clichés
Ces lieux communs
Ces sentiers rebattus
Où nous avons marché
Main dans la main
Des fois, dis-moi, t’en souviens-tu ?

Soleil d’été
Premiers frissons
Et tout le tremblement
Si peu à raconter
Une chanson
Qu’on sifflote encore par moment

Soir de fête à Kerlou… Un grand feu sur la plage
Je n’ose pas danser… Tu as peur des pétards
Au retour, tu rêvais au garçon du village
Qui voulait t’embrasser… Je rêvais de guitare

Ainsi tout me revient, je n’ai rien oublié
Je refais le chemin de la pointe à l’étang
Sur mes pas, grain à grain, remonte au sablier
Le sable que la mer a moulu entre temps

« La rousserolle, tu l’entends… »

Les yeux dans les cieux

17 novembre 2010 § Poster un commentaire

J’ai si souvent marché les yeux baissés
M’en voulant de ne pas mieux avancer
Ne ratant rien de ce que je pouvais laisser tomber
Recherchant sur mes pas là où j’avais dû me tromper

Il ne faudrait pas vivre tous les jours
Mais quand on en a la force ou l’amour
« S’échiner, s’écraser, en avoir vraiment plein le dos »
Nous savons tous combien des fois la vie est un fardeau

Hé ! le nez en l’air, nom de dieu !
Me planter les yeux dans les cieux
Profiter largement du paysage
Offrir au vent qui passe mon visage…

Rappelez-vous ce moine tibétain
À presque deux pieds du sol dans Tintin
« L’esprit sur la matière » ou, dit sans trop de gravité
L’attachement aux choses, il y a moyen de l’éviter

Et, si l’on voit la vie comme un chemin
À quoi bon tout ce bagage à la main
Qui finirait par nous faire croire qu’on est arrivé
Que tout est tellement terre à terre, y’a plus rien à rêver

Hé ! le nez en l’air, nom de dieu !
Me planter les yeux dans les cieux
Et qui sait si l’araignée sur sa toile
Ne couve pas du regard les étoiles…

« Les merveilleux nuages » de Baudelaire
L’ami Souchon qui nous crie : « Saute en l’air ! »
Ce goût du ciel partout, dans la peinture, au cinéma
Comme une envie de vivre un autrement plus grand format

Hé ! le nez en l’air, nom de dieu !
Me planter les yeux dans les cieux
Et tous les arbres qui sont sur la terre
Et n’aspirent qu’à leur bouffée d’éther..

J’ai si longtemps marché les yeux baissés…

et pour lire ces paroles comme à l’oral

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