Dans le journal

21 janvier 2011 § Poster un commentaire

Près de Gudicanal
Hier deux gamines
qui jouaient à la marelle
Ont gagné le ciel
D’un seul coup sur une mine

Je l’ai lu dans le journal
Que je me suis glissé
Sous la chemise à même la peau
Sûr que ça tient plus chaud
Que leur papier glacé

Hé!
Si le temps lui est bien couvert
Moi je connais un pull-over
Qui file un mauvais coton

Hé!
Plus personne n’écoute mon histoire
Et je traîne sur les trottoirs
Et je dors dans des cartons

Ca fait un sacré bail
Que j’ai plus d’adresse
Que je porte au long des rues
Comme un disparu
Ma valise de détresse

T’en qu’à être sur la paille
Je rêve de nature
Y’a bien pour me mettre au vert
Un coin d’hémisphère
Où la vie serait moins dure

Hé!
Suffirait d’un billet en poche
Cap sur la rade… le plus proche
Vent dans les voiles et partons !

Hé!
J’ai le couteau et les allumettes
Mais des plans sur la comète
J’ai pas ça dans mes cartons

Hé!
Les trésors que la vie nous offre
Y’en a si peu dans son coffre
Qu’elle les reprend au final ?

Hé!
Pas la presse mais je sais très bien
Qu’au matin d’une nuit de chien
On me trouvera dans le journal

Mais je repense aux gamines de Gudicanal

et pour lire ces paroles comme à l’oral

La caisse et la postérité

20 janvier 2011 § Poster un commentaire

Van Gogh ne gagnait pas sa croûte
Rimbaud a vécu d’expédients
Molière a longtemps fait la route
Parker est mort comme un mendiant
Alors pour ce qui est du plan de carrière, si je pouvais décider
J’aimerais mieux passer à la caisse qu’à la postérité

Les chansons, déjà trois douzaines
Plus que de dates dans l’agenda
Le trac chaque fois que je rentre en scène
Et le compte-chèque en piteux état
Ma femme me prend pour une ganache, mon gosse pour un raté
J’aimerais mieux passer à la caisse qu’à la postérité

C’est pas que je sois envieux de nature
J’ai jamais guigné le gros coup
Mais la vache enragée qui dure
J’ai peur qu’à force ça gâche le goût
Aussi
Bien que je préfère à tous les palaces
Ma suite dans les idées
Je cracherais pas sur une petite place
Dans les meilleures ventes de l’été

Je fais ni la manche, ni les manchettes
Inutile d’appeler les agents
Je laisse mon empreinte sur des cassettes
Où j’enterre aussi mon argent
Les maisons de disques réfléchissent, à défaut de m’éditer
J’aimerais mieux passer à la caisse qu’à la postérité

Hé coco ! en chanson française
Tu cours dans quelle catégorie
Les Poètes-le-pied-sur-une-chaise
Ou les Musico-dernier-cri
Faci(le)
La mise en boîte, les étiquettes
Simili nouveauté !
Les petits Big Brothers qui nous guettent
Font même pas dans la variété

Chanteur français entre deux âges
Recherche public en sympathie
Qui soit pas trop branché message
Mais pas trop quand même abruti
Et qui fasse à ses chansonnettes un succès mérité
Je compte sur vous pour passer à la caisse, je m’occupe de la postérité (bis)

et pour lire ces paroles comme à l’oral

La chanson du bonheur que l’on ne connaît pas

18 janvier 2011 § Poster un commentaire

Au creux du vallon
Quand descend le soir
Me vient cette envie de m’asseoir
De savoir
Où mène le long
Chapelet de mes pas
Au bonheur
Au bonheur
Que je ne connais pas

Et quand la pénombre
Glisse sur mon coeur
Je tombe de chagrin
Et les jours me reviennent grain à grain
Je ne connais pas
Connais pas
Connais pas
Connais pas mon bonheur

Turbough O’Carolan (titre original « Planxty Kelly »)

Un secret de Polichinelle

16 janvier 2011 § Poster un commentaire

                     
à Félix

C’est un secret de Polichinelle
Que maman voudrait garder pour elle
Mais qu’on voit sous son Tshirt
Et faudra bien qu’il sorte

C’est une drôle de maman que j’ai là
On dirait qu’elle se parle tout bas
Elle arrête ses yeux souvent
Les deux mains devant

Avec papa, ils ont souligné
Des jours loin sur le calendrier
J’aurai après les travaux
Un grand lit nouveau (bis)

Refrain

Rien que papa et moi, les garçons
On est déjà deux à la maison
Sûr qu’à trois, c’est encore mieux
Les rires et les jeux

Mais on va laisser maman choisir
Car peut-être ça lui ferait plaisir
D’avoir pareil dans l’équipe
Une grande, une petite (bis)

Refrain

Qu’il est long, ce ballon, à gonfler
Comment le faire bondir et rouler
Qu’il tienne enfin dans nos bras
Se mette dans de beaux draps (bis)

Refrain

Alors, quelqu’une ou quelqu’un
Sacrée chipie ou fichu coquin
Colombine ou Arlequin

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La brume et la poussière

13 janvier 2011 § Poster un commentaire

Ainsi, c’est là le coin que l’on a tant cherché
Ce trou, soit dit, n’a rien de la terre promise
Les ronces du chemin, le trou de ma chemise
On n’a pas tous les jours envie de voyager

Il nous reste un bon bout à battre de campagne
Et tu veux renoncer à notre mine d’or !
Pour la mine de celle auprès de qui l’on dort
Sans avoir plus le cœur à changer de compagne

Tout ce plaisir à se bouger ?
Toujours marcher, toujours marcher
Et les sentiers courus hier ?
La brume et la poussière
Quoi de plus beau que l’horizon ?
Depuis le pas de sa maison
Lever le pied, passer la main
Reprendre le chemin

N’avions-nous pas parlé d’un pays de cocagne
D’une porte un midi franchie comme un seul homme ?
Une porte et puis l’autre, et c’est tout un slalom
Où en est l’arrivée et qui sait ce qu’on gagne ?

Tu salueras pour moi les champs, les monts, les plages
J’aurais aimé, c’est vrai, connaître d’autres cieux
Les filles par ici ont de bien jolis yeux
J’aurais aimé, tu sais, rencontrer mon village

Tout ce plaisir à se bouger ?
Toujours marcher, toujours marcher
Et les sentiers courus hier ?
La brume et la poussière
Quoi de plus beau que l’horizon ?
Depuis le pas de sa maison
Lever le pied, passer la main
Reprendre le chemin

On n’a pas tous les jours envie de voyager
On s’essouffle bien vite à toujours changer d’air
On se gèle le cœur auprès d’un « frigidaire »
Si tu es par trop seul un jour, viens me chercher

Montée des eaux

10 janvier 2011 § Poster un commentaire

Le regard un peu brouillé
Le bord des paupières mouillé
Discrète montée des eaux
Mais d’où sort ce petit ruisseau ?

D’un trop plein comme on a tous
Par où vient s’écouler en douce
Le jus des sombres pensées
L’eau-forte des amours blessées

Résurgence, crue soudaine
Ô si bienfaisante fontaine
Mouillant mes joues à plein seau
Revoilà ce bouillant ruisseau (bis)

Qu’est-ce qu’on arrose ce soir
Mis à part ce nouveau mouchoir ?
Un secret lourd à garder
Un bateau qu’on s’était monté

Un bonheur qu’on n’a pas eu
Un fol espoir déjà déçu
Que les pleurs et les sanglots
Tentent d’embarquer à vau l’eau

Tel un bon coup de Kärcher
Le cœur net sur qui nous est cher
L’averse avant l’éclaircie
C’est bon, ça va passer, merci ! (bis)

Le regard un peu brouillé
Le bord des paupières mouillé
Légère décrue des eaux
Les cils qu’on dirait des roseaux

Deux fois rien mais c’était trop
La nuit tous les chagrins sont gros
Comme s’il fallait que
Quelque chose en nous se fêle
Pour qu’éclose une vie nouvelle

et pour lire ces paroles comme à l’oral

Zone inondable

8 janvier 2011 § Poster un commentaire

Je suis né comme un ruisseau
Qui sort on connaît l’endroit
Mouillage de mon berceau
Puis petit lit à l’étroit

Pas de pente à dévaler
De cascade ou de cabri
C’est déjà dans la vallée
Que moi le clapot me prit

Cachez-moi Sein, Ouessant, Molène
Coeur en zone inondable, attention!
Et quant à l’âge du capitaine
C’est trop d’émotion

Tout n’est pas dans le journal
Que papa lit le matin
Je franchis, c’est d’un banal
Un jour le mur du jardin

Pas de verger, de troupeau
Et pour les peines de coeur
Le sombre des entrepôts
Et le cri des remorqueurs

Cachez-moi Sein, Ouessant, Molène
Coeur en zone inondable, attention!
Et quant à l’âge du capitaine
C’est trop d’émotion

Les courants que j’ai suivis
Ne gagnaient pas l’horizon
Mais ce bassin me suffit
Si je chante mes chansons

Seul regret : en écrivant
C’est ma vie dont j’ai besoin
Si je l’avais su avant
J’y aurais mis plus de soin

Cachez-moi Sein , Ouessant, Molène
Coeur en zone inondable, attention!
Et quant à l’âge du capitaine

Petite souris

7 janvier 2011 § Poster un commentaire

 Deux gouttes de sang sur ton nez pointu
Tu étais si drôle au bord de l’allée
Petite souris, me pardonnes-tu
D’avoir appelé

Les fraises des bois qu’on cueillait d’avance
Les guirlandes d’échalote au fond du grenier
Tout ce qu’il me reste aujourd’hui de mon enfance
Tient dans un panier

D’où viennent ces pleurs qu’on entend couler ?
Comment un aussi grand froid d’un coup me pénètre ?
Une tourterelle un matin s’est envolé
De par la fenêtre

À force de croire atteindre les cieux
Une ombre est tombée de la balançoire
Ne regarde pas le fond de mes yeux
J’y boite le soir

« Tu ne sauras donc jamais te coiffer
Y’a tous ces dessins dans ton cahier
Que je t’y retrouve encore à rêver
Dans le poulailler »

Deux gouttes de sang sur ton nez pointu
Tu étais si drôle au bord de l’allée
Petite souris, me pardonnes-tu
D’avoir appelé

L’effiloche

6 janvier 2011 § Poster un commentaire

Initiales gravées
Propriété privée
Tout n’est jamais écrit qu’à la craie
Il faut être un enfant
Pour pas le croire avant
Qu’autre chose va venir après

D’où vient qu’on a des fois ce sentiment
Que c’est à se taire qu’on ment ?
Pourquoi ce qui nous tient à cœur autant
S’effiloche au fil… s’effiloche au fil…
s’effiloche au fil du temps ?

C’est le lot de tout corps
Même attirant encore
Que son magnétisme diminue
L’élan le plus sincère
S’use si l’on s’en sert
Loi de physique hélas bien connue

Refrain

Ca tient à un cheveu
S’éteint à petit feu
A perdu beaucoup de son piquant
Un jour on s’aperçoit
Qu’on vit chacun pour soi
Sans que même on sache depuis quand

Refrain

J’aimais bien au début
Qu’on n’avait pas tout bu
Ce gai brin d’ivresse à tous les coups
Si grand soit le flacon
C’est d’une larme au fond
Qu’à la fin nous restera le goût

Refrain

À quoi bon se jeter
Nos quatre vérités
Quatre vérités, c’est trois de trop
Prenons à la légère
Tout ce qui nous fut cher
Tant on a déjà le cœur si gros

Refrain

Longue échappée

4 janvier 2011 § Poster un commentaire

L’enfant est si petit au fond de son couffin
Que veut-il ? Que voit-il ? Qu’entend-il à tout ça ?
Silence quand il dort et cris quand il a faim
Sans doute se sent-il un peu perdu déjà

L’enfant est au jardin. Le monde est devant lui
Aventurier timide, il avance à pas lents
Tout étonné qu’il est par ce caillou qui luit
Ce nuage qui vole ou ce papillon blanc

L’enfant a entendu sa mère qui disait
Qu’elle aurait préféré une fille, à choisir
Est-ce à ça qu’il pensait quand il se déguisait :
Approcher un modèle, adoucir un désir ?

L’enfant sur le tapis joue aux petits coureurs
Pichenette incroyable ! Il part en échappée
Mais heurte dans sa course un vase spectateur
Et attend tout penaud de se faire attraper

L’enfant, cœur de travers et la mine ombragée !
Le soir quand il éteint – c’est de plus en plus tard –
Il écoute les mots dans la nuit s’approcher
Un jour, il a envie d’apprendre la guitare

Où suis-je ?

Catégorie Morceaux choisis sur Pascal Aussi.