Petite souris

7 janvier 2011 § Poster un commentaire

 Deux gouttes de sang sur ton nez pointu
Tu étais si drôle au bord de l’allée
Petite souris, me pardonnes-tu
D’avoir appelé

Les fraises des bois qu’on cueillait d’avance
Les guirlandes d’échalote au fond du grenier
Tout ce qu’il me reste aujourd’hui de mon enfance
Tient dans un panier

D’où viennent ces pleurs qu’on entend couler ?
Comment un aussi grand froid d’un coup me pénètre ?
Une tourterelle un matin s’est envolé
De par la fenêtre

À force de croire atteindre les cieux
Une ombre est tombée de la balançoire
Ne regarde pas le fond de mes yeux
J’y boite le soir

« Tu ne sauras donc jamais te coiffer
Y’a tous ces dessins dans ton cahier
Que je t’y retrouve encore à rêver
Dans le poulailler »

Deux gouttes de sang sur ton nez pointu
Tu étais si drôle au bord de l’allée
Petite souris, me pardonnes-tu
D’avoir appelé

Au sujet de Petite souris

7 janvier 2011 § Poster un commentaire

ISBN 978 2 84 962 199 8


En vrai,  je n’en crois pas mes yeux : grâce
aux sensibles illustrations de Valérie Guilbert
et à l’inventive calligraphie d’Edwige Timmerman
Petite souris a également pris la forme d’un livre
(exactement d’un portfolio 25×25 – 12 pages)
nous 
rendant « visible » la confidentialité
de ces frêles souvenirs d’enfance.

Plus vieux mais sans précipitation

6 janvier 2011 § Poster un commentaire

Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame
Las ! Le temps non, mais nous nous en allons
Et tôt serons étendus sous la lame

                                      Pierre de Ronsard

L’effiloche

6 janvier 2011 § Poster un commentaire

Initiales gravées
Propriété privée
Tout n’est jamais écrit qu’à la craie
Il faut être un enfant
Pour pas le croire avant
Qu’autre chose va venir après

D’où vient qu’on a des fois ce sentiment
Que c’est à se taire qu’on ment ?
Pourquoi ce qui nous tient à cœur autant
S’effiloche au fil… s’effiloche au fil…
s’effiloche au fil du temps ?

C’est le lot de tout corps
Même attirant encore
Que son magnétisme diminue
L’élan le plus sincère
S’use si l’on s’en sert
Loi de physique hélas bien connue

Refrain

Ca tient à un cheveu
S’éteint à petit feu
A perdu beaucoup de son piquant
Un jour on s’aperçoit
Qu’on vit chacun pour soi
Sans que même on sache depuis quand

Refrain

J’aimais bien au début
Qu’on n’avait pas tout bu
Ce gai brin d’ivresse à tous les coups
Si grand soit le flacon
C’est d’une larme au fond
Qu’à la fin nous restera le goût

Refrain

À quoi bon se jeter
Nos quatre vérités
Quatre vérités, c’est trois de trop
Prenons à la légère
Tout ce qui nous fut cher
Tant on a déjà le cœur si gros

Refrain

Sur un plateau

5 janvier 2011 § Poster un commentaire

Sur un plateau : à l’aise, facile, sans peine, confortable,
les doigts dans le nez, gagné d’avance… 
(j’essaie la méthode Coué)
 

Longue échappée

4 janvier 2011 § Poster un commentaire

L’enfant est si petit au fond de son couffin
Que veut-il ? Que voit-il ? Qu’entend-il à tout ça ?
Silence quand il dort et cris quand il a faim
Sans doute se sent-il un peu perdu déjà

L’enfant est au jardin. Le monde est devant lui
Aventurier timide, il avance à pas lents
Tout étonné qu’il est par ce caillou qui luit
Ce nuage qui vole ou ce papillon blanc

L’enfant a entendu sa mère qui disait
Qu’elle aurait préféré une fille, à choisir
Est-ce à ça qu’il pensait quand il se déguisait :
Approcher un modèle, adoucir un désir ?

L’enfant sur le tapis joue aux petits coureurs
Pichenette incroyable ! Il part en échappée
Mais heurte dans sa course un vase spectateur
Et attend tout penaud de se faire attraper

L’enfant, cœur de travers et la mine ombragée !
Le soir quand il éteint – c’est de plus en plus tard –
Il écoute les mots dans la nuit s’approcher
Un jour, il a envie d’apprendre la guitare

Deux mille kilomètres à tout casser

3 janvier 2011 § Poster un commentaire

                                 à Dilaver Ademi

Kosovo, Kosovar
Il faut bien qu’on vienne au monde quelque part
Un pays pas trop passant, c’est pas si mal
Tu trouves la vie par ici plus normale ?

Kosovar, Kosovo
Ca relève du patchwork et de l’écheveau
Tant les langues, les origines, les religions
Sont un peu mélangées dans la région

L’exil, c’est un premier pas et un dernier regard
Une fois perdu le pays, on a gagné la France
Pour toutes ces choses à jamais restées en souffrance
Ami, prête-moi ta plume et ta guitare

Kosovo, Kosovar
Quand les voix ne chantent pas toutes la même histoire
Faut choisir entre la fugue et le canon
Mais c’est la mort partout qui crie son nom

Kosovar, Kosovo
La peur blanche et le sang noir des caniveaux
Les soldats, avec l’auto et tout dedans
Se doutaient-ils qu’ils me prenaient autant ?

L’exil, c’est un premier pas et un dernier regard
Une fois perdu le pays, on a gagné la France
Pour toutes ces choses à jamais restées en souffrance
Ami, prête-moi ta plume et ta guitare

Deux mille kilomètres à vol d’oiseau
Et mes gosses, à leur nouvelle école
Mine de rien, un coup de gomme, une goutte de colle
Doucement au fil des jours raccommodent les morceaux

Kosovar, Kosovo
À l’écran, c’est de bonne guerre, faut du nouveau
Le Rwanda, la Tchétchénie, l’Afghanistan
On n’écoute plus quand ça fait trop longtemps

Kosovo, Kosovar
J’ai du mal à pas les voir sur les trottoirs
Tous ces gens, sur leur carton, en chien de fusil
Le ventre creux, à trois pâtés d’ici !

L’exil, c’est un premier pas et un dernier regard
Une fois perdu le pays, on a gagné la France
Pour toutes ces choses à jamais restées en souffrance
Ami, prête-moi ta plume et ta guitare

Deux mille kilomètres à tout casser
J’ai sauvé quelques photographies
Je sais pas ce que demain sera ma vie
Mais c’est déjà rebâtir que de chanter en français
Là-bas, tu sais, j’avais du succès

et pour lire ces paroles comme à l’oral

Où suis-je ?

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